Naissance des fantômes
Le roman de Darrieussecq, entre solitude et incertitude
Son mari est parti chercher du pain pour le dîner mais il n'est jamais revenu. Après sa disparition, ne parvenant pas à s'y résoudre, une femme (elle n'est jamais nommée, le « je » de la narration) se retrouve seule chez elle face aux échos de la solitude. Peu à peu, c'est tout son monde intérieur qui se désagrège, des énigmes insondables, des doutes, et un monde extérieur qui s'éloigne au point de devenir irréel.
Avec ce roman, Darrieussecq capte un instant de profonds bouleversements intérieurs, un instant figé pris dans la conscience atomique d'un personnage figé qui contemple une vie fantomatique. À travers cette fixité dans laquelle tout semble être remis en question, le personnage assiste à la naissance des fantômes : fantômes de son passé, fantômes d'elle-même, elle qui est tout à coup désincarnée et dont l'incertitude annihile toute potentialité.
C'est par le monologue intérieur que le lecteur assiste à ce théâtre des ombres, cet instant intermédiaire d'une vie qui se transforme. Il ne s'agit pas forcément d'un basculement mais plutôt d'une phase de transition entre une vie quotidienne rodée des mécanismes auxquels on ne prête plus attention, et la soudaine mise en balance de ces habitudes ancrées (pour quoi ? pour qui ?) qui deviennent tout à coup absurdes, incongrues.
Roman de l'angoisse, du temps figé et des sondages de l'incertitude humaine, du vide et des ombres d'une vie, Naissance des fantômes, deuxième roman de Darrieussecq, la positionne sans aucun doute du côté de la littérature de l'intime, aux côtés d'une Sylvie Germain ou d'une Sylvie Gracia.