Avortement aujourd'hui : parlons-en
De la loi Veil à aujourd'hui, la suite du combat
Avortement « légal »
17 janvier 1975, après des années de lutte, Simone Veil obtient la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (loi Veil). Bien que les techniques médicales (la plus usitée est désormais la méthode Karman, ou d'aspiration) soient mises au point pour améliorer l'intervention désormais encadrée par de vrais médecins, assurée par un suivi médical et un accompagnement psychologique, les faits quotidiens sont bien moins reluisants.
Faites le test : demandez à des jeunes de moins de trente ans s'ils savent ce qu'est la loi Veil. Observez la réaction de certains médecins face à une patiente qui demande un avortement (ce n'est pas forcément une décision facile à prendre et on se retrouve souvent seule devant le choix alors qu'il faut être deux pour la java). Observez son froncement de sourcil, ses paroles doucement culpabilisantes. Pensez aussi aux autres pays dans lesquels l'avortement demeure illégal ou faussement autorisé (avec tellement de restrictions que ça devient impossible) ; voyez ces polonaises, irlandaises, grecques, africaines, etc. venir se faire avorter en France ou recourir encore à l'avortement clandestin.
Et surtout, plus que tout, voyez ce silence international, partout, dans la sphère quotidienne et privée. Même aujourd'hui, l'avortement, on en parle pas tant que ça, ou juste entre femmes, vite fait, quand l'une d'elles est confrontée au cas, et que les autres avouent, non sans une certaine honte, y avoir eu recours aussi.
Il y a bien des Benoîte Groult qui expliquent l'expérience dans les détails triviaux et pragmatiques, et des ouvrages magnifiques comme celui de Xavière Gauthier, Avortées clandestines, qui offre la parole à celles qui l'ont vécu. Et elles peuvent enfin libérer des années de secret, cette honte couvée dans le nid du silence, cette culpabilité comme si, en pensant pour une fois à elles et osant maîtriser leur vie, il fallait forcément qu'elles soient fautives.
C'est là que je viens à accuser aujourd'hui non pas forcément les hommes qui finalement en parlent presque plus librement que nous, mais les femmes qui se taisent en pensant qu'il n'est pas séant d'en parler ouvertement. Et pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'utérus ?! Les hommes sont-ils si sensibles qu'ils ne puissent entendre parler eux aussi de sang ? Ça n'a l'air de gêner que les femmes finalement.
Faut-il comparer cet acte à celui de shooter un enfant en temps de guerre ? Il faut savoir distinguer un être en préparation et un être qui vit déjà bel et bien.
Alors, parlons. Parlons d'expériences, parlons de l'Histoire, des luttes, des violences et des traumatismes, ouvertement. Parlons d'avortement, de fausses couches, de fœtus (le bébé, c'est quand c'est né !). Parlons des traumatismes pour qu'ils n'en soient plus, et parce qu'ils ne doivent plus jamais en être.