Black conditions : la lutte n'est pas finie
Du blues au cinéma, la condition noire aux États-Unis en chansons et en images
Black conditions
La lutte n'est pas finie et il y a encore beaucoup à faire pour que les droits civiques de la population noire aux États-Unis soient appliqués. Le documentaire I Am Not Your Negro le rappelle, de manière saisissante, en retraçant l'histoire de la condition des Noirs pour mettre en lumière la répression policière qui sévit encore avec violence et injustice.
Il serait trop long de citer toutes les chansons de blues du Mississippi qui dénoncent les conditions des esclaves et ensuite des Noirs, puisque le blues en est, par essence, l'incarnation. Mais il y a quand même Abel Meeropol qui écrit « Strange Fruit », en 1937, le premier réquisitoire explicite de l'histoire pour dénoncer le racisme et le lynchage de la population noire en évoquant un Noir pendu à un arbre. Billie Holiday en fournit l'interprétation la plus poignante, dérogeant à ses traditionnelles chansons d'amour.
Nina Simone lui rend hommage à son tour en 1965 avec puissance dans Pastel Blues, un an après avoir écrit son grand cri de douleur, « Mississippi Goddam », révoltée par un attentat revendiqué par le Ku Klux Klan contre une église afro-américaine. La chanson, jamais enregistrée, n'est jouée qu'en public ; son rythme enjoué amuse d'abord le public qui peu à peu se glace en comprenant le sens des paroles.
Dans les années 60, un vent de contestation, emmené par Martin Luther King mais aussi des écrivains comme Raoul Peck et James Baldwin et beaucoup d'autres, fait rage aux États-Unis. Syl Johnson écrit « Is It Because I'm Black » :
« Les teintes brun foncé de ma peau ne font qu'ajouter de la couleur aux larmes qui éclaboussent mes os creux. »
Quelques années auparavant, Sam Cooke signait « A Change Is Gonna Come » (1964), chanson qui devient vite l'hymne de la lutte pour les droits civiques ; il disparaît peu de temps après, assassiné dans des conditions toujours floues…
Tout cela se déroule principalement dans le Mississippi, état encore aujourd'hui le plus raciste des États-Unis, marqué par les sévices du toujours actif Ku Klux Klan, traumatisme dont il ne parvient pas à se relever. On ne compte d'ailleurs plus le nombre de films qui révèlent sous toutes ses coutures l'un des visages les plus sombres de l'histoire, mais parmi les meilleurs, citons Mississippi Burning et l'excellent Gene Hackman dont on préfère la méthode musclée à celle de son collègue plus mesuré ; La Couleur des sentiments (adapté du roman de Kathryn Stockett), son racisme quotidien dans un univers de femmes soi-disant bienveillantes. Sans oublier Django Unchained et son impayable scène où les membres du clan se plaignent des draps mal coupés par leurs femmes qui ne leur tombent pas en face des yeux — beau clin d'œil tout en ironie et d'autant plus efficace pour dénoncer l'aveuglement des membres du clan.