Mississippi Blues Trail : route du blues
Sur la route du blues au Mississippi, entre vestiges et mémoire musicale
Mississippi Blues Trail : route du blues
« La route ? Là où on va, il n'y a pas besoin de route. »
Pourtant, des routes il y en a, pour tracer celle du blues du Mississippi. Des routes rectilignes dont on ne voit jamais le bout, embrassant l'horizon chargé de nuances violettes et bleues en fin de journée, de lourds nuages aussi quand le ciel se gonfle d'une humidité électrique, croisant d'autres routes rectilignes qui, elles non plus, n'en finissent pas. Des routes au milieu de nulle part qui débouchent sur une petite ville isolée (deux voies principales) avant de retourner dans un no man's land de champs à perte de vue.
Ces routes que sillonnaient des bluesmen tels que Robert Johnson, parcourant une vingtaine de kilomètres pour rejoindre des juke joints, sortes de cabanes de fortune en pleins champs, dans lesquelles se jouaient des bœufs de blues jusqu'au bout de la nuit, après la dure journée de travail sous un soleil de plomb.
Sur cette route du blues aujourd'hui, des marqueurs indiquent les hauts lieux de l'histoire originelle du blues, pour la plupart disparus. Des lieux de naissance, des clubs dans lesquels ils se retrouvaient pour gratter la guitare et boire un coup, des églises aussi parfois, car le blues tire autant ses origines du gospel que des chants des champs de coton.
À Indianola, ville d'origine de B.B. King, s'élève désormais un musée qui lui est consacré. À Friars Point, un lieu-dit autour de l'entreprise de coton pour laquelle a longtemps travaillé Muddy Waters, se trouvait la cabane qui lui servait de maison. Sur le perron de cette bicoque il jouait de sa guitare et chantait tous les soirs avant qu'un producteur passant par-là ne finisse par repérer son talent. La cabane est sauvegardée dans le Delta Blues Museum à Clarksdale.
Clarksdale, ville originaire du blues, ville fantôme désormais et qui ne s'éveille qu'au soir à l'ouverture des clubs de blues tels que le Ground Zero Club. C'est au carrefour, à l'entrée de cette ville, que, selon la légende, Robert Johnson vendit son âme au diable en échange de son jeu de guitare mythique. À quelques kilomètres de là, sur la CR 518, au croisement d'un chemin de terre, se trouve sa tombe sous un grand chêne, à côté d'une église décatie en bois blanc.
C'est de ce genre de lieux improbables, paumés, quasiment en ruine, que se compose la route du blues, sur la Highway 61 reliant Chicago, la Mecque des bluesmen du Mississippi, à La Nouvelle-Orléans. Plus de 1600 km à parcourir, de marqueurs devenus prétextes et jalons de la découverte de coins atypiques, toujours plus profondément enfouis. Ces lieux laissés en l'état sont les vestiges des créateurs de ce genre musical sec et rude, épuré et puissant, à l'image de ces terres marquées par les plus grandes catastrophes climatiques et sociales des États-Unis.