Justine Coffin
Le Shaker HS-02 — H.P. Lovecraft
H.P. LovecraftNecronomiconAgrippagrimoires

Necronomicon vs Agrippa

Le Necronomicon de Lovecraft face à l'Agrippa, deux grimoires maudits

Justine Coffin

Le Necronomicon : un élément réputé de l'univers lovecraftien, ce grimoire qui renfermerait le secret des Grands Anciens du mythe de Cthulhu. C'est l'un des piliers de l'œuvre de Lovecraft dont il a, le premier, dressé la genèse. Mais finalement, n'est-ce pas plus que cela ? On n'en finit plus de gloser sur les possibles influences de Lovecraft : manuscrit de l'antiquité ou de l'époque puritaine de Nouvelle-Angleterre, composite de fragments issus de vrais grimoires occultes, ou encore influence du père de Lovecraft, franc-maçon de la branche égyptienne et ésotérique… ?

De l'autre côté : l'Agrippa, le grimoire le plus connu du folklore breton, source de mille légendes et d'autant d'hypothèses quant à son pouvoir effectif. L'Agrippa, le livre qui ne peut ni être brûlé, jeté à l'eau, ou enterré : il réapparaît toujours auprès du possesseur qui ne peut s'en défaire qu'à l'orée de la mort. Un livre qu'il fallait garder enchaîné dans une pièce isolée. D'après Le Braz, figure essentielle de la littérature folklorique bretonne :

« Ce livre est vivant. » (p. 215)

Est-ce à dire que l'Agrippa pourrait être une des sources potentielles du Nécronomicon ? À vrai dire, quand on se mêle de bibliophilie ésotérique, chaque manuscrit en appelle un autre. Mais l'Agrippa a ceci de particulier : contrairement aux manuscrits de magie classiques, il ne fait pas référence au folklore un peu tape-à-l'œil qui marche bien auprès d'un public non averti — comme la mandragore, le sabbat et les talismans — et apparaît d'emblée plus « sérieux ». De plus, il demeure quelques exemplaires, dont celui sur lequel a travaillé Pierre de La Haye aux archives départementales d'Ille-et-Villaine. Nécronomicon ou Agrippa, la question est toujours de savoir si ces manuscrits ont bel et bien un pouvoir.

  Nécronomicon
  Agrippa




  Variantes de titres ou autres appellations
  « Le livre des morts », « Le livre des noms éteints », « Al Zaif » (titre arabe original : bruit des insectes supposé être le murmure des démons)
  « Le livre qui ne voulait pas mourir », « Le livre »


  Utilisation
  Appeler des esprits d'univers parallèles
  Appeler le Diable et des esprits divins ou démoniaques


  Composition
  1. Référentiel des esprits — 2. Rapport d'astrologie et symboles — 3. Rituels et invocation
  1. Référentiel de démonologie — 2. Rapport d'astrologie — 3. Sorts, formules et incantations


  Possesseurs
  Victimes d'infortune et de mort
  Sont devenus fous ou ont disparu


  Origines
  Peut-être *La Philosophie occulte ou la magie*, *La Clef du pape Honorius*, *Secrets de François Carmobé*.
  Assemblage de fragments issus de livres occultes tels que *Le Grimoire de l'Antiquité*, *La Science des sorcières*, *Les Traditions magiques d'Orient et d'Europe médiévale*… (R. Turner, p. 137-138)


  Véracité
  « […] s'il semblait exister, ce n'est que parce que […] Lovecraft […] en a fait une telle exégèse que c'est sa prose qui lui a donné une vie propre. » (Michaud, p. 21)
  Sont-ce des écrivains comme Gaultier du Mottay et Le Braz qui ont fondé la légende qui entoure le livre ?


  Mystères
  Depuis sa traduction grecque, le Nécronomicon a disparu et réapparu (sous forme aussi de traductions) à de multiples reprises.
  Le livre disparaît à la mort de son propriétaire.