Justine Coffin
Le Shaker HS-03 — Rock
rockopéra rockconcept album

Opéras rock, side 1 : albums concept

Tour d'horizon subjectif des grands albums-concept du rock

Justine Coffin

Genre musical et cinématographique apparu dans les années 60, l'opéra rock a une définition simple : album de rock dont les chansons fondent une (ou des) histoires (plus communément appelés albums-concepts) ou comédie musicale ayant pour B.O. des chansons rock. Comme j'aime les deux, un petit point subjectif sur la question. D'abord, les « concept album ».

Il y a ceux qui cumulent et qui ont — outre l'habituelle B.O. du film — travaillé aux deux formats. Discovery (Daft Punk, 2001) et son film d'animation Interstella 5555 : The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem (Kazuhisa Takenouchi, 2003). Tommy (The Who, 1969) dont le film (Ken Russell, 1975) est des plus oubliables. The Wall (Pink Floyd, 1980), orchestré par Alan Parker et dessiné par Gerald Scarfe, est un double chef-d'œuvre et l'une des œuvres majeures du genre — euh, est-ce que je vous aurais déjà parlé de Pink Floyd par hasard… ?

En parlant de Pink Floyd d'ailleurs, la scène rock progressive (fusion du rock avec à peu près tous les genres) depuis les années 60 est LE domaine incontesté du concept album. En même temps, avec des morceaux qui font minimum 10 minutes, on a le temps d'en raconter des histoires ! Mais tous ne tiennent pas aussi bien la route que l'un des premiers : In the Court of the Crimson King (King Crimson, 1969) et son roi cramoisi servi par la plume poétique de Peter Sinfield, constat d'un hippie désenchanté par un monde qui voit la guerre du Vietnam et la violence au premier plan.

Digne héritier du rock prog, Steven Wilson a signé un album magistral, The Raven That Refused to Sing (2013), dont chaque chanson raconte l'enfer intime d'un personnage face à ses démons intérieurs. Le suivant, Hand. Cannot. Erase. (2015), part d'un fait divers (le corps de Joyce Vincent qui n'est retrouvé que trois mois plus tard dans son appartement) pour faire de l'exofiction autour de ce personnage. Du côté hard rock prog, c'est Iron Maiden, bien sûr, qui lance la vague avec Seventh Son of a Seventh Son et son histoire inspirée du livre fantasy d'Orson Scott Card. Du côté trip hop (et parce qu'il est toujours dans les parages), il y a Damon Albarn et son groupe virtuel, Gorillaz, qui signe Demon Days (2005) autour de la perte de l'innocence, la guerre en Irak et le désastre écologique.

D'autres sont beaucoup moins sombres, rassurez-vous : Queen, avec sa pêche habituelle, signe A Night at the Opera (1975) et son « Bohemian Rhapsody » ; les Beach Boys avec Pet Sounds (1966) — ou devrais-je dire Brian Wilson, sa mégalofolie jouissive et le reste des Beach Boys — ; les Beatles avec Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967). Les frenchies se font paradoxalement plus rares pour raconter des histoires, mais il y a Starmania (Michel Berger, 1978) et La Ballade de Melody Nelson (Gainsbourg, 1971), cette adolescente victime d'un accident de voiture, d'une idylle et d'un crash d'avion.

J'aurais pu aussi citer David Bowie (Ziggy Stardust), Moody Blues (Days of the Future Passed), Radiohead (O.K. Computer) — hop, ils sont placés ceux-là ! —, mais j'ai plus la place, hein ?