Il faut bien se rendre à l’évidence : en écriture, je ne fais que me répéter. La relecture de L’Ecrivain et l’autre m’a trituré l’esprit : ce passage justement dans lequel Liscano parle de cette impression de ressasser toujours les mêmes choses.
Il y a eu ça et il y a eu cette chanson sous la douche ce matin, une chanson que je réécoute pourtant souvent mais qui, ce matin seulement, m’a fait tilt. Parfois la répétition brise l’habitude. C’est une chanson que j’écoutais déjà à l’adolescence et qui me touchait tellement que j’avais intitulé ma première ébauche de roman « Autour de moi les fous » (Saez, Debbie. 2004).
Et il y a eu aussi cette discussion avec L. à propos de Wish you were here qui me partageait son impression de l’avoir déjà lu mais pas sous cette forme exactement.
Je n’avais plus souvenir de cette première ébauche de roman avant ce matin, quand toutes les pièces de ce puzzle se sont assemblées tout à coup.
C’était en 2004. Autour de moi les fous était écrit en fragments. Il racontait l’histoire d’une passion amoureuse destructrice, étrangement similaire à la trame de Wish you were here en fait. Et même la fin, même cette fin que j’ai mis des mois à traquer, existait déjà, d’une certaine manière, dans Autour de moi les fous.
Je constate donc encore une fois que Wish you were here a une préhistoire bien plus lointaine que ce que je pensais. Il n’est pas sorti tout droit de mon imagination en 2012. L’histoire de ce roman a d’ailleurs été très cyclique au long des années : les scènes pivot ont été écrites entre 2008 et 2010 et je les avais complètement oubliées lorsque j’accordais enfin toute mon énergie à l’écriture de ce roman entre 2012 et 2015, date à laquelle je les intégrai finalement, réalisant que c’était ce qui me manquait pour clore Wish you were here.
Autre exemple de répétition (ou devrais-je parler d’échos à travers le temps ?), je pense aussi à Fantômes : aujourd’hui roman, il fut pendant près de dix ans (depuis 2004 également) un recueil de nouvelles sans cesse reprises puis reléguées, pour en venir enfin à ce roman.
Filant ma liste, j’en viens à m’interroger sur Echoes. Non, Echoes ne semble pas répondre à ce cas de figure… Quoique, en y réfléchissant bien, après tout… il y a bien eu cette ébauche brouillonne écrite lors de vacances bretonnes, autour de plusieurs personnages traversant une période de transformations, ce florilège de personnage s’entraidant et grandissant ensemble, s’éloignant et se rapprochant. Je l’avais intitulé Nos endroits paradisiaques, une forme d’utopie. Et cet endroit dans lequel ils se retrouvaient tous, ce havre d’humanité ? C’est l’idée première d’Echoes.
Ils sont là mes fantômes. Toujours derrière moi. Attendant leur heure.
Je repense aussi à cette remarque de B. : « Chaque fragment que tu écris finit par être utilisé un jour ou l’autre. Tu n’écris rien au hasard. »
Il semble que ce soit encore un rouage du mystère de la naissance des romans. Même un livre qu’on a soi-même écrit n’en finit jamais de nous surprendre, et on ne finit jamais de le découvrir.
C’est peut-être d’ailleurs lorsqu’on devient le spectateur surpris que le livre devient véritablement un livre, une entité indépendante qui nous demeurera toujours partiellement étrangère.
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