Je tâtonne en ce moment quant à mes lectures. Plusieurs abandons déjà ce mois-ci parce qu’au bout de quelques pages je réalise que ce n’est pas le bon moment pour lire tel livre (état d’esprit, humeur, envie) et que je le délaisse pour en commencer un autre. Je crois qu’actuellement, comme en écriture, je suis à la recherche d’un nouveau rythme. Lecture et écriture sont liés, indubitablement connectés.
Avant les vacances de Noël, je me suis laissée porter par l’envie de lire plusieurs Stephen King d’affilée. Il fait partie de mes auteurs préférés, de ces auteurs que, d’ordinaire, je lis avec parcimonie, pour m’en laisser encore à lire lorsque l’envie (ou le besoin) se présentera. J’ai conscience que l’exemple de Stephen King est mauvais puisqu’en l’occurrence je ne serais jamais à court tant sa bibliographie est exponentielle. Mais bref, les livres de mes auteurs préférés sont des petits plaisirs que je m’octroie ponctuellement pour en mesurer toute la saveur.
Mais je réalise que désormais j’ai toujours un goût de « pas assez » (« encore ! » dirait mon fils avec cette démesure infantile qui ne raisonne pas ses envies et aime par-dessus tout la répétition). Ainsi de L’Année du singe de Patti Smith, lu pendant les vacances, mais pour laquelle j’ai déjà (malheureusement) lu tous les livres. Cette semaine, c’est alors Haruki Murakami qui m’a de nouveau appelée (une biblio beaucoup plus fournie que celle de Patti) et je me dis alors : pourquoi ne pas me laisser tenter et me faire une « période Murakami » durant le ou les prochains mois ?
D’où vient ce changement de principe – ici concernant la lecture mais qui peut s’appliquer à d’autres domaines – avec l’âge ? Encore une question d’âge justement ?
C’est que je ressens un besoin d’approfondissement et d’immersion dans un univers quand auparavant je n’avais besoin que d’un livre pour y accéder. La trentaine, trop en surface peut-être, qu’il faille déployer des méthodes pour, de nouveau, goûter les sous-couches qui, auparavant, s’ouvraient plus facilement… ?
Oui, mais à quel secteur de mon emploi du temps soustraire cette heure de lecture quotidienne ? Aux copains ? À la télé ? Aux déplacements ? Aux soirées familiales ? À mes devoirs ? Où trouver le temps de lire ? Grave problème. Qui n’en est pas un. Dès que se pose la question du temps de lire, c’est que l’envie n’y est pas. Car, à y regarder de près, personne n’a jamais le temps de lire. Ni les petits, ni les ados, ni les grands. La vie est une entrave perpétuelle à la lecture. — Lire ? Je voudrais bien, mais le boulot, les enfants, la maison, je n’ai plus le temps... — Comme je vous envie d’avoir le temps de lire !
Daniel Pennac. Comme un roman.
Août 2001. J’ai cinquante-deux ans. J’ai fait de l’écriture une chose inséparable de ma vie. En dépit de tous les obstacles, Liscano est écrivain et n’est rien d’autre. Amours, passions, lectures, tout a fini par se réunir en une seule et unique chose : l’écriture.
Carlos Liscano. L’Ecrivain et l’autre. p. 121