Fragment 26
Petite sirène
Le jour où une chanson de Cabrel révéla la profondeur de la littérature.
À mon entrée en classe de troisième, il fallut choisir une spécialisation : je choisissais bien sûr la littérature. Afin de tester mon choix, ma mère me fit asseoir dans la cuisine, pièce où se trouvait la chaîne hifi.
Ce jour-là, elle opta pour un album de Francis Cabrel dont elle me mit le livret de paroles sous les yeux en me disant que si je choisissais un baccalauréat littéraire, je devrais être capable d'analyser n'importe quel texte. C'était l'album Sarbacane, la chanson « Petite sirène ».
La lumière s'est soudainement faite sur tout le texte. J'étais estomaquée par la puissance de cette révélation, par le fait qu'un texte puisse tout à coup s'ouvrir pour révéler une profondeur tellement plus dense que ce qu'une simple lecture pouvait laisser entrevoir.
Ce jour-là, ma mère m'apprit que la littérature peut prendre une infinité de formes et qu'elles n'ont pas à être hiérarchisées. Elle m'apprit aussi qu'un texte recèle un abîme de profondeurs, que la littérature est sans fin, offre des ouvertures multiples dans lesquelles nous pouvons plonger infiniment.