En mal de lectures qui me bouleversent véritablement depuis quelques jours. Je ressens toujours cet effet-là après une lecture qui m’a profondément transportée – cette fois, ça a été Lait noir. Je suppose que c’est un réflexe assez humain, pas seulement en ce qui concerne la lecture : on vit quelque chose d’intense, cette intensité (comme toute intensité par nature) est trop rapide à notre goût, et ce qui vient ensuite paraît fade en comparaison, avant de rencontrer une nouvelle fulgurance. Alors, j’ai repris la lecture de la bibliographie complète de Françoise Sagan avant de retenter autre chose.
Certaines lectures raniment. Certains écrits raniment. Dans la détresse physique, le handicap ou la grande vieillesse, le livre permet d’élaborer ou de restaurer un espace à soi. Contre la passivité et la perte d’autonomie, la lecture est la reconquête d’une position de sujet. Les bibliothécaires et les libraires, les éditeurs et les auteurs, par leur situation à la conjonction de l’être et du livre, ne peuvent ni ne doivent ignorer cette responsabilité parfois déconcertante.
Régine Detambel. Les Livres prennent soin de nous. p. 28.
Vous écrivez, c’est évident pour le lecteur, mais vous ignorez de quel lecteur il s’agit. La pire bêtise c’est de croire que les gens qui mènent une vie linéaire aiment les univers réalistes, que les mathématiciens aiment les romans logiques. Ou encore, ce qui est pire, que les pauvres aiment lire les histoires où l’on raconte en détail leur misère. Pourquoi cela les intéresserait-il? Ils vivent dedans.
Dany Laferrière. Journal d’un écrivain en pyjama. p. 81.