De retour ma lubie de lire des auteurs déjà rencontrés et appréciés en lisant toute leur bibliographie d’une traite. Cette fois, c’est tombé sur John Fante. Une lubie qui est aussi apparue comme une nécessité car, malgré la longue liste de livres à lire que je reparcours et allonge régulièrement, il m’arrive de plus en plus souvent de ne pas savoir quoi lire ou de faire plusieurs tentatives d’affilée (commençant une lecture puis abandonnant car peut-être pas le bon kairos pour lire celui-là) qui me laissent désarmée et clairement en manque d’une lecture qui me porte.
Ma liste de livres à lire est peut-être trop longue. Mais il y a aussi et surtout qu’on ne décide pas d’un livre à lire, que c’est lui qui nous interpelle parce que tout est réuni à ce moment-là pour cette rencontre-là : humeur, besoin, réflexions du moment, évènements de la vie, énergie, temps, etc. La rencontre entre un livre et son lecteur, pour qu’il y ait effectivement rencontre et pas seulement croisement furtif, est soumise à tout un tas de critères et de convergences, de même que lorsqu’il s’agit d’une rencontre entre deux personnes qui peuvent ne pas accrocher la première fois puis réellement se rencontrer la suivante.
Alors je me dis que si je suis attirée par un auteur à un moment, pourquoi ne pas en profiter pour creuser cette rencontre à fond et m’y immerger un moment ? Je me pose alors des objectifs au mois : ce mois-ci, donc, lire tout John Fante. Je commence soft : sa bibliographie n’est pas trop étendue (à peine une dizaine de livres). Qu’en sera-t-il pour des auteurs plus prolixes et/ou qui ont eu le temps de l’être (puisque Fante est mort assez jeune) ?
Lorsqu’on regarde les choses uniquement de son angle personnel, c’est comme si le monde mijotait dans son propre jus. Le corps se raidit, le jeu de jambes s’alourdit, la mobilité en pâtit. Mais, si vous réussissez à adopter divers points de vue, si vous vous en remettez à un autre système de pensée, le monde prendra du relief, de la souplesse. Je considère que c’est une attitude très avisée pour nous, humains. Ce que j’ai appris au travers de mes lectures a constitué une riche moisson.
S’il n’y avait pas eu les livres, si je n’en avais pas lu autant, mon existence aurait sans doute été beaucoup plus froide, beaucoup plus pauvre. C’est la lecture, au fond, qui a été ma principale école. Une école sur mesure, personnalisée, spécialement bâtie et organisée pour moi, et grâce à laquelle j’ai fait de nombreuses expériences décisives. Là, pas de règles contraignantes, pas d’évaluations notées, pas de combat sans merci pour une place dans le classement. Bien entendu, pas de harcèlement non plus. Même si je faisais partie du grand « système », j’avais la garantie d’appartenir aussi à cet autre « système », celui qui m’était propre.
Haruki Murakami. Profession romancier.
Une fois que l’on a pris l’habitude de lire – en général, c’est une habitude qui s’acquiert quand on est jeune –, on a du mal à s’en passer, et, malgré YouTube et des jeux vidéo en 3D à portée de la main, on prend volontiers un livre dès qu’on en a le temps (ou même quand on n’en a pas).
Haruki Murakami. Profession romancier.