Les écrivains ont tendance à trop en dire. Écrivant, je détiens enfin la parole et je suis sûre de ne pas être interrompue, alors je fais des tartines et des tartines. C’est pour réparer et colmater l’enthousiasme prolixe du premier jet que je dois tant travailler ensuite, écrivant, réécrivant, secrétaire au service des délires mégalos de l’artiste primitif.
Mais ces réécritures sont indispensables et pertinentes.
Au fur et à mesure des retours de lecture et des analyses que j’en ai faites, j’ai constaté que les personnages qui interpellent et marquent plus profondément les lecteurs sont ceux qui ne se livrent que partiellement ou dont on sait peu de choses. Ils laissent ainsi un espace libre à l’imagination des lecteurs.
Je pourrais faire un parallèle avec la vie : les personnalités qui se livrent moins facilement sont celles que nous allons vouloir gratter.
En définitif, je crois que le lecteur aime pouvoir mettre un peu de lui-même dans les interstices de vide laissés à même la chair du personnage. Il n’est donc pas nécessaire de chercher à prêter à tout prix une densité à un personnage ; au lieu de le densifier, il en devient superficiel car « trop » : trop de lui d’un seul coup, trop de sentiments à la fois sans que le lecteur n’ait le temps de le peser indépendamment, trop de présence ; il finit par en devenir une forme monobloc hyper-déterminée et donc invraisemblable. Car qui, dans la vie réelle, se livre aussi totalement ?