Juste un dernier mot avant de m’endormir. Tout ce que j’aimais me motive à écrire. Cela faisait longtemps qu’un livre m’avait fait cet effet. L’effet deLa Maison du bout du monde*. Je vis les émotions de Léo, le personnage. C’est ce genre d’écriture que j’aime : à hauteur des émotions humaines. C’est cela écrire, c’est transcrire ce que notre pensée inconsciente formule sur l’instant. C’est le moment fragile d’un être figé dans une éternité. Les livres sont éternels.*
Sans omettre de faire un tour de temps à autres du côté de tes autres amours comme le cinéma avec Les Meilleurs films des années 70 et Les Meilleurs films des années 90, édités par Jurgen Muller.
De tous ces livres dont tu as retrouvé les titres et auteurs, en fait assez peu de souvenirs pour la plupart d’entre eux. À peine saurais-tu en donner le synopsis – tu serais peut-être plus prolixe quant au style – mais surtout des scènes dont tu n’es même pas sûre qu’elles leur appartiennent vraiment. Et même si, pour la majeure partie, ils sont encore dans ta bibliothèque située juste derrière toi au moment où tu écris ces lignes, tu n’iras pas vérifier : hommage aux mystères de la lecture et surtout de la mémoire ; raisons pour lesquelles peut-être aussi tu relis si peu.
Des scènes donc. Le regard divaguant sur une plaine isolée et parsemée de quelques arbres, une tasse de thé fumante à la main, à travers la fenêtre de la cuisine, dans cette Maison du splendide isolement. Une marche au cœur de la foule de Times Square, récitant des vers de Whitman, dans Le Livre des jours. Des rues humidifiées par une pluie de printemps, sur un vélo, de nuit, pédalant comme une dératée en quête d’un objet de fantasme ou de voyeurisme dans L’Envoûtement de Lily Dahl.
Il y a des lecteurs qui se souviennent de toute l’histoire, scène après scène, et de tous les événements d’un livre qu’ils ont lu ; toi, tu oublies pour ne te souvenir que de sensations, d’idées, de techniques narratives, et de scènes qui ont provoquées ton imagination. Ce qui a parfois fait dire à ton compagnon en train de lire un livre que tu as déjà lu et discutant d’un passage : « Mais tu l’as vraiment lu ?! ».
Chacun a sa manière de lire. Les livres dont je me souviens sont le plus souvent ceux qui parviennent à interrompre ma lecture pour écrire, ceux qui m’inspirent de façon directe (des idées, des techniques) ou indirecte (avoir l’idée d’une scène à écrire sans aucun rapport avec ce que je viens de lire).