Justine Coffin
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Fragment 12

Un inachevé de Perros-Guirec

Vacances en Bretagne et la naissance d'une histoire restée inachevée.

Printemps 2003. Mes parents louent une maison en Bretagne pour une semaine de vacances familiales que je redoute d'avance. Je serai loin de mes amies et de mon petit ami, loin de mes habitudes, piégées avec mes parents, pas d'autre choix que d'être avec eux.

Mais la région est belle : les Côtes d'Armor, les plages de rochers aux formes humaines que je ne me lasse pas de photographier, une ambiance sereine, comme détachée du monde.

Cette semaine-là, je lisais La Maison du bout du monde. Ce livre correspondait très bien à ce que je ressentais dans cet endroit. S'il avait fallu, m'étais-je dit, que je lise précisément ce livre-là à cette période-là, et qu'il me fasse un tel effet, ce n'était pas un hasard.

Cette semaine-là, chaque soir, quand la maisonnée s'endormait, je m'enfermais dans le salon, osais une cigarette, lançais mon disc man et écrivais. Je ne crois pas avoir jamais autant écrit avec une telle efficacité et une telle exubérance de feuilles, une telle immersion, que cette semaine-là.

En rentrant à la maison, je laissais le cahier dans lequel j'avais écrit et agrafé des feuilles volantes de toutes les tailles, en évidence sur mon bureau, une histoire non achevée mais déjà bien avancée, en attendant une nouvelle vague d'inspiration pour la finir.

Parfois, il faut accepter aussi que des textes se perdent dans le temps, qu'ils n'aient été là que fulgurance éphémère, mais pas en vain, jamais en vain. Car en ces vacances de printemps de l'année 2003, j'appris aussi qu'il m'était possible d'écrire plus qu'une nouvelle et de construire un roman.