Justine Coffin
← Sommaire

Fragment 11

Il faut être bien pour écrire

L'écriture n'est pas nécessairement synonyme de malaise.

— Penses-tu, comme le dit l'adage, qu'il faille être mal pour écrire ? Toi-même, écris-tu sous l'emprise d'un mal-être ?

— Non. L'écriture n'est pas nécessairement synonyme de malaise. Il ne s'agit pas (toujours) d'extirper quelque chose de soi grâce à l'écriture. Cela arrive parfois. Mais en fait, j'ai découvert que j'écris mieux lorsque je me sens bien.

— Tu ne parviens pas à écrire lorsque tu es mal ?

— Non, parce que je suis tout simplement trop abattue et que j'ai un casque autour du crâne qui l'empêche de respirer suffisamment. L'écriture a besoin d'air.

Il me faut de la nuance et des contrastes. Oui, la vie est souvent dure mais, hé ! il faut monter sur son bureau et regarder : il y a d'autres choses que la brume qui couvre les yeux.

On nous déforeste sans cesse, c'est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n'arrivera à bout de nous. Nous sommes une forêt qu'on ne vaincra pas. L'apaisement viendra quand on pourra dire : c'est du passé donc ce n'est pas vrai. Ce qui compte, c'est aujourd'hui. Il faut être fidèles aux blessés, pas aux blessures. (Martin Page. Manuel de survie et d'écriture, p. 96)

La littérature est aussi une lutte contre toute forme de fatalité, et donc aussi contre la mort.