Justine Coffin
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Fragment 15

La maison hantée derrière la bibliothèque

Souvenir d'enfance d'une maison abandonnée et de la peur transformée en lecture.

Relecture de La Course au mouton sauvage de Murakami, dont je ne me souvenais pratiquement pas.

C'est mon petit ami de l'époque qui avait mis ce livre entre mes mains, il ne tarissait pas d'éloges. Les livres qu'on aime disent beaucoup de nous, pour des raisons diverses et variées.

En fait, ce décor est un souvenir qui a évolué au court des années. Je convoque inconsciemment le souvenir d'une autre maison abandonnée.

C'était une journée d'été, pendant les grandes vacances. Mes amis et moi parcourions la ville à vélo. L'un de nous évoqua la découverte qu'il avait fait la veille : une maison hantée.

« Quand j'étais enfant, il y avait des monstres et des fantômes derrière la porte de ma chambre, dans les placards, sous mon lit ; mais l'école, la famille, les autres, moi-même, tout cela n'était pas moins effrayant. J'ai cherché la peur dans les livres pour me défaire de la peur que j'avais du monde extérieur. Par une sorte de transmigration, la lecture m'a permis de découvrir une peur plus positive. Je pouvais y goûter à mon rythme, et ainsi la contrôler. » (Martin Page. Manuel de survie et d'écriture, p. 140-141)

Lorsque nous retournâmes dans la ruelle, la maison avait disparue.

En silence, nous regagnâmes notre endroit préféré — une petite allée ombragée d'arbres entre le terrain de foot de l'école et le cimetière anglais — et nous n'en reparlâmes pas.