Fragment 18
En silence
L'impossibilité de parler d'un livre en cours d'écriture.
Je songe encore une fois aux mots de Duras :
« C'est impossible de parler à quelqu'un d'un livre qu'on a écrit et surtout d'un livre qu'on est en train d'écrire. » (Marguerite Duras. Écrire, p. 34)
J'en viens moi aussi peu à peu à ce constat. C'est peut-être tout simplement parce qu'un texte parle pour lui-même, et que je ne peux parler à la place de quelqu'un d'autre que poussée par une vanité orgueilleuse.
Car parler à sa place serait tenté vainement de la mettre dans une case. Pour l'exprimer, je fais forcément des raccourcis, je recours à des catégorisations communes qui permettent aux autres de le concevoir sur la base d'une imagerie commune. Hors, chaque livre a son langage et ce serait une trahison.
En fait, si l'auteur le respecte, s'il sait être humble et intègre, il ne parlera tout simplement pas du livre, il laissera le texte parler lui-même.
Combien de moments de gêne quand on me demande de quel type de livre il s'agit et que je ne sais pas moi-même comment le décrire. Et lorsque je lance une caractéristique à la volée, je ne fais que m'embourber, je culpabilise d'avoir trahi le livre qui ne demandait pas qu'on parle à sa place surtout pour énoncer des lieux communs.